Brétignolles sut Mer
Image a la Parée
Photo N et B |
Photo âpre retouche |
Au Ponant
Là-bas, vers le Ponant, le jour s'abandonne,
Et la mer recueille une dernière lueur ;
Le ciel, comme un miroir que le crépuscule étonne,
Se teinte doucement de rose et de douceur.
Les rochers, dans le soir, ont des formes de veille,
Noirs gardiens silencieux d'un rivage oublié ;
La mer vient à leurs pieds, paisible, et puis s'éveille
En longs frémissements sur la pierre mouillée.
Nul navire à l'horizon, nul appel, nul passage,
Seulement l'infini qui s'étend devant moi ;
Et le Ponant, là-bas, au bout de ce rivage,
Semble avoir suspendu le temps autour de soi.
Bientôt le dernier feu disparaîtra du ciel,
La nuit refermera ses ailes sur la terre ;
Mais quelque chose encore, dans ce soir éternel,
Retient le jour mourant au bord de la lumière.
Je reste là, songeant que depuis tant de siècles
Les hommes ont regardé ce même Occident,
Cherchant dans le couchant, au-delà des mers,
Ce que l'horizon cache et que poursuit le vent.
Et lorsque enfin le soir aura gagné la mer,
Que le ciel sera noir et les flots assoupis,
Je garderai longtemps, dans le silence amer,
Cette dernière lueur du Ponant endormi.
Un Rêve
Un Village au moyen Age
Lorsque l'aurore, aux doigts de brume,
Éveille le toit des chaumières,
La cloche au loin perce la brume,
Et chante au cœur des terres fières.
Les ruelles, étroites et tortes,
Gardent le pas des sabots lourds ;
Les vieux vantaux ouvrent leurs portes
Sur le travail des nouveaux jours.
Le forgeron dompte l'enclume,
Son marteau parle avec le feu ;
Le meunier, près de la rivière,
Confie son grain au vent des cieux.
Sous le tilleul, près de la fontaine,
Les femmes filent en devisant ;
Leurs rires suivent la semaine
Comme un ruisseau paisible au vent.
Le pain répand sa chaude odeur,
Le four banal rougit les pierres ;
Le berger compte son troupeau
Qui monte aux collines de bruyères.
À vêpres, le soleil décline,
Dorant les murs de chaux et d'ocre ;
Une fumée monte, si fine,
Des foyers où la soupe mijote.
Puis vient la nuit, douce compagne ;
Le ciel allume mille flambeaux.
Le hibou veille la campagne,
Le silence enlace les coteaux.